Des scientifiques ont récemment remis en question plusieurs certitudes sur la couche d’ozone. Ils ont notamment découvert que son appauvrissement avait commencé bien avant l’apparition du premier trou observé en 1985, et que le produit chimique responsable ne serait pas celui initialement suspecté.
La couche d’ozone est une fine couche de gaz située dans la stratosphère, entre environ 15 et 35 km d’altitude autour de la Terre. Elle agit comme un bouclier naturel en absorbant une grande partie des rayons ultraviolets (UV) provenant du Soleil. Mais en 1985, des scientifiques ont découvert un trou dans cette couche, qu’ils ont attribué aux chlorofluorocarbones (CFC), des produits chimiques industriels utilisés à l’époque comme réfrigérants, propulseurs, agents d’expansion de mousse et solvants, et responsables de cette diminution.
Suite à cette découverte, un effort mondial a été réalisé afin d’éliminer progressivement l’utilisation des CFC. Depuis, la couche d’ozone se reconstitue, notamment au-dessus de l’Antarctique. Cette découverte avait été rendue possible en partie grâce aux instruments de mesure disponibles à l’époque.
Mais les progrès réalisés dans ce domaine, ainsi que le développement des satellites et d’autres technologies de surveillance, ont récemment amené les scientifiques du MIT à s’interroger sur l’existence de signes plus précoces de l’appauvrissement de la couche d’ozone, ainsi que sur le moment et les lieux où ils auraient pu apparaître.
Ils ont alors découvert dans le cadre d’une étude publiée dans les Actes de l’Académie nationale des sciences, que les premiers signes d’appauvrissement de la couche d’ozone sont apparus dès 1957, soit environ 30 ans avant la découverte du trou dans la couche d’ozone.
Les chlorofluorocarbones n’étaient pas la cause du trou dans la couche d’ozone
À la fin des années 1980, la chimiste atmosphérique Susan Solomon a dirigé plusieurs expéditions afin de mesurer la composition de la stratosphère. Les résultats ont confirmé que les chlorofluorocarbones (CFC), des substances chimiques utilisées à l’échelle mondiale, étaient à l’origine de la destruction de l’ozone.
À l’époque, la présence de ces molécules précisément dans les zones où l’on observait un appauvrissement de la couche d’ozone, ne pouvait s’expliquer que par un seul mécanisme chimique: l’ozone était détruit par des atomes de chlore isolés.
Peu de temps après, la quasi-totalité des pays a signé le Protocole de Montréal, qui a permis l’élimination progressive des CFC et autres substances appauvrissant la couche d’ozone.
Grâce à cette coopération internationale, les scientifiques observent depuis quelques années les premiers signes de reconstitution de la couche d’ozone. Cependant dans une nouvelle étude récemment publiée, les chercheurs du MIT ont découvert “qu’un autre composé provoquait la destruction de la couche d’ozone bien avant les CFC. Ce fut une véritable surprise”, ont-ils déclaré.
Pour parvenir à cette conclusion, ils ont ajouté à chaque modèle étudié les différents produits chimiques industriels connus pour avoir été fabriqués à diverses périodes au cours du siècle dernier.
“Chaque année, nous disposons d’estimations industrielles sur les quantités produites et vendues à l’échelle mondiale de ces produits chimiques, ainsi que sur les émissions de tous ces produits, que nos modèles intègrent”, a tout d’abord expliquénSusan Solomon avant de poursuivre “et dans le cas du tétrachlorure de carbone, le plus intéressant, c’est que nous avons également des données issues des carottes de glace”.
Pour rappel, les carottes de glace sont des cylindres extraits de glace profondément enfouie dans l’Antarctique et l’Arctique, formés par la chute et la stratification de la neige sur des centaines d’années. Elles contiennent des vestiges de neige, ainsi que les traces de composés chimiques présents dans l’atmosphère traversée par cette neige. “Nous constatons en effet dans les carottes de glace que la concentration de tétrachlorure de carbone commence à augmenter dès les années 1940”, a précisé la chercheuse.
Les premiers signes d’appauvrissement de la couche d’ozone sont apparus sous les tropiques
Suite à cela, l’équipe de chercheurs a intégré des données industrielles ainsi que des carottes de glace à ses modèles, afin de déterminer si un signal de perte d’ozone d’origine humaine pouvait se distinguer des fluctuations naturelles. Leur analyse a finalement révélé l’existence d’un tel signal dès 1957. Elle montre également que les premiers signes d’appauvrissement de la couche d’ozone, seraient apparus sous les tropiques, et non en Antarctique.
Selon les experts, la perte d’ozone d’origine humaine se produisait probablement à l’échelle mondiale, mais elle était plus facilement détectable dans la haute stratosphère tropicale, où les fluctuations naturelles sont les plus faibles, ce qui permet à un signal de se distinguer plus clairement.
L’analyse a également montré que le tétrachlorure de carbone, et non les CFC, serait à l’origine des premières diminutions de la couche d’ozone. “C’est la seule substance appauvrissant la couche d’ozone, dont la concentration augmentait aussi tôt”, a précisé Susan Solomon.
Elle a ensuite ajouté “nous avons commencé à utiliser le tétrachlorure de carbone dans les années 1930 comme agent de nettoyage à sec, et comme solvant dégraissant, tandis que nous avons commencé à utiliser les CFC que bien plus tard”. Le tétrachlorure de carbone a depuis été progressivement éliminé dans la majeure partie du monde, initialement en raison de préoccupations sanitaires, car ce produit chimique peut provoquer des troubles du système nerveux en cas d’exposition prolongée et est suspecté d’être cancérogène.
Pour finir, la chimiste estime que cette nouvelle étude souligne la nécessité de maintenir une vigilance constante dans la surveillance du tétrachlorure de carbone, des CFC et d’autres substances appauvrissant la couche d’ozone, qui ont certes été progressivement éliminées, mais peuvent persister dans l’atmosphère pendant des décennies.
“Nous avons déployé des efforts considérables pour éliminer ces produits chimiques. N’avons-nous pas l’obligation de poursuivre la surveillance afin de nous assurer que l’atmosphère réagit comme prévu?”, a-t-elle conclu.
Source: geo.fr
Titi Léopold
